Projet Container en Inde

— CHAPITRE 1—

Janvier 2017 – Je me trouve en Australie depuis quelques mois pour faire un break dans ma vie. En faisant du volontariat, une envie de tour du monde prend naissance dans ma tête. Dans un premier temps j’ai l’idée de créer mon propre projet de A à Z, qui serait d’envoyer un container dans un village. Je distribuerai ensuite du matériel qui pourrait servir à beaucoup de personnes qui sont dans le besoin.

Avril 2017 – Je suis de retour en Suisse et j’ai comme objectif de préparer mon tour du monde. Je commence aussi à développer mon projet de container qui ira en Inde ; ce sera ma première destination, et parce que c’est un des pays les plus pauvres au monde.

Comme je n’ai jamais réalisé de projet humanitaire et n’ai personne parmi mes contacts qui l’ait déjà fait, je dois donc tout organiser moi-même.

Première étape : comprendre les besoins sur place pour bien cibler le matériel

En demandant des informations et des conseils auprès des voyageurs sur les réseaux sociaux, je n’obtiens rien de constructif, si ce n’est des insultes ou des commentaires tels que : « Ne joue pas au Père Noël », « Si tu fais cela pour ton karma, tu ferais mieux de faire autre chose ! », « Pourquoi en faire autant pour satisfaire ton égo ? », « Laisse faire les professionnels ! », … Tout cela a un impact négatif sur mon moral.

Je commence à me remettre en question et me demande si je dois continuer…

Puis je décide de me poser les bonnes questions pour avancer.

Aider est dans ma nature. Je ne le fais pas pour recevoir quelque chose en retour. Si j’ai les connaissances ou l’expérience, je le fais avec le plus grand plaisir. Faire du volontariat lors de mon tour du monde est mon souhait, cela est une certitude. Je réalise alors que, bien que je n’aie pas de formation ni d’expérience dans l’humanitaire, j’ai cependant d’autres compétences, une grande motivation, de la persévérance et une soif d’apprendre.

Je décide donc de ne rien lâcher et de continuer mes recherches. Finalement on me conseille de procéder avec une fondation plutôt que de le faire en privé.

Deuxième étape : trouver une fondation en Inde

Comme je souhaite rencontrer les gens en personne pour établir un premier contact et commencer une collaboration, j’oriente mes recherches sur la Suisse.

Rapidement, je découvre une fondation pour laquelle j’ai un coup de cœur. Ils ont créé un orphelinat en Inde. Je prends donc contact avec la fondatrice avec qui je discute beaucoup, mais également avec les managers de l’orphelinat, afin d’identifier leurs besoins. Il est important pour moi d’être efficace en sélectionnant uniquement du matériel qui leur soit utile.

Après cela, il me faut trouver un endroit pour le stocker ainsi qu’une personne expérimentée dans l’envoi de container.

En en parlant autour de moi, finalement je réussis à obtenir un contact. Une chance inouïe ! Cette personne a 20 ans d’expérience et un entrepôt. Je lui présente alors mon projet pour lequel il se montre très ouvert et me propose son aide. Il me prévient cependant qu’il n’a jamais traité avec l’Inde.

Alors que ma première idée est d’utiliser un container de 12 mètres, je décide finalement de prendre un 6 mètres puisque le volume à disposition est suffisant.

— Chapitre 2 —

Maintenant que j’ai une bonne base pour me lancer, je peux commencer à parler du projet et organiser des collectes.

Dans un premier temps, j’en parle à mon entourage puis ensuite je publie des annonces sur internet en indiquant le matériel dont j’ai besoin, divisé en 3 catégories principales : des vêtements, des jouets, des affaires scolaires.

Comme des crèches et des petites écoles locales se trouvent à proximité de l’orphelinat, je saisis donc l’opportunité de les aider eux aussi.

Je commence alors à me rendre à divers endroits pour récupérer le matériel proposé par les donateurs, ce qui implique beaucoup de trajets. Je me rends compte alors qu’il serait préférable de trouver des endroits stratégiques pour regrouper les collectes et en parler.

Grâce à une merveilleuse famille qui gère un restaurant, ils me mettent à disposition un bout de leur terrain pour effectuer une collecte le temps d’une journée. J’organise aussi une vente de gâteaux pour financer mon projet.

Cette journée est un grand succès, je remplis deux voitures entières avec tous les dons reçus. 

Au fil du temps je commence à avoir suffisamment de matériel. En plus de tous ces dons, des lits d’hôpitaux et des pupitres en excellent état sont sur le point d’arriver. Je dois donc garder en tête qu’ils occuperont beaucoup d’espace dans le container.

Je remarque que les donateurs sont non seulement très généreux mais également contents de trier leurs affaires et contribuer à aider un pays défavorisé. Je reçois aussi une grande quantité de stylos et crayons sponsorisés par la marque Caran d’Ache.

Un projet humanitaire implique des coûts. Je décide donc de produire des flyers pour récolter des dons qui financeront l’envoi du container. Je crée également un dossier de sponsoring pour approcher des magasins et des entreprises, mais sans succès.

Je décide donc de faire appel au public en proposant en contre partie des photos et vidéos du projet.

Malgré ma volonté et ma persévérance, je ne parviens pas à récolter suffisamment pour couvrir tous les frais. Je reconnais qu’il est difficile de faire confiance à une personne à la recherche de financement pour un projet humanitaire, d’autant plus que je ne représente pas une organisation connue.

Lors de la création de ce projet, j’étais déjà conscient que je prenais le risque de devoir sortir une grande somme de ma poche.

Le jour J arrive, il est temps de mettre tout le matériel dans le container.

Très vite un premier problème se présente. Alors que j’ai commandé un container de 6 mètres, ce qui est clairement mentionné dans tous les documents, on me remet un container de 12 mètres. La personne de contact qui gère l’entrepôt prend alors contact avec la compagnie pour régler le problème. Comme elle se trouve loin, cela impliquerait un long trajet pour un aller-retour, de plus nous avons déjà sorti toutes les palettes. Ils proposent alors de tout mettre dans ce container et un échange se fera au sein de la compagnie. J’ignore pour quelle raison cette information n’a pas été transmise plus loin car j’apprends que le container est directement acheminé au port en Hollande. Pensant que tout est réglé, je ne me soucie pas plus que cela. Je me dis que de toute façon il est trop tard de changer quoi que ce soit et je constate que la compagnie n’est pas très arrangeante alors que de mon côté, les choses sont faites correctement. . Le container est envoyé en Inde 2 mois avant mon  départ . Cela me laisse le temps de m’y rendre pour découvrir l’orphelinat, y rencontrer le staff, les enfants, ainsi que les villageois.

 

— Chapitre 3 —

14 octobre 2018 – me voilà en Inde. Je me trouve dans le village de Masinagudi et comme prévu, je rencontre les personnes sur place en attendant l’arrivée du matériel au port.

22 octobre 2018  – Le container est enfin arrivé au port. Je prépare donc mes affaires pour 5 jours (je pense que ce sera le temps à passer sur place… grosse erreur de ma part ) et m’y rends en compagnie du responsable de l’orphelinat pour un trajet en voiture de 13 heures.

Bien que je me trouve dans un état d’esprit assez positif, je ressens tout de même une part d’inquiétude. Je suis conscient que la douane ne sera pas une partie de plaisir et sera certainement la plus difficile du projet.

Une fois arrivés au port, nous nous rendons à l’administration des douanes qui se trouve dans un grand immeuble de 7 étages… un vrai labyrinthe.

 

Dans le premier bureau, l’officier nous annonce que les jouets ainsi que les vêtements déjà utilisés ne sont pas autorisés en Inde. Seuls les articles neufs sont acceptés.


La plus grande partie du matériel arrivé est donc refusée.

Comme solution, ils me proposent de tout réexpédier en Suisse, ce qui pour moi est inimaginable. Ce matériel est destiné aux enfants dans le besoin, non seulement à ceux de l’orphelinat, mais également aux enfants du village et à la petite clinique médicale.

Suite à cette nouvelle fracassante, j’ai besoin de temps pour digérer tout cela. Je ne peux accepter de ne pas pouvoir donner tout ce matériel.

Le soir même, Bathu, le responsable de l’orphelinat, me voyant triste, souhaite me réconforter. Il appelle quelques-uns de ses amis et organise un apéro pour me changer les idées. Ils ont une telle générosité, je ne les oublierai jamais.

Le lendemain, nous nous rendons à l’agence intermédiaire en charge de mon dossier, afin de discuter d’une autre solution car je refuse de renvoyer le container en Suisse.

Ma première idée est de laisser en Inde le matériel scolaire ainsi que les meubles. Cependant on me le déconseille car ce serait trop compliqué. Il reste donc une dernière solution : transférer le container dans un pays voisin (tout sauf la Suisse !). Je pense donc au Bangladesh, au camp des réfugiés des Rohingya’s.

Je me renseigne donc auprès des différentes ONG quant aux procédures ainsi qu’au niveau des réglementations douanières locales. Étant parfois naïf, j’ai tendance à penser qu’il est simple d’aider, surtout dans les pays qui sont vraiment dans le besoin.

En discutant avec quelques personnes qui travaillent au sein de fondations au Bangladesh, on me fait comprendre que recevoir un container est tout aussi compliqué chez eux.

Je pense donc au Népal, mais malheureusement on m’informe que passer de la voie maritime à la voie terrestre est également compliqué.

Pendant ce temps, je passe des journées entières à me rendre dans différents bureaux pour obtenir l’autorisation de réexporter dans un autre pays. C’est vraiment pénible. Les agents de douane ne veulent pas coopérer et ils ne réalisent pas l’urgence.

Je dois trouver une solution rapidement car l’heure tourne et pendant ce temps je dois payer la location du container ainsi que celle du dépôt ; tous les trois jours le prix est multiplié par deux. Mon porte-monnaie se vide de plus en plus.

 

 

 

 

 

 

 

Certains jours sont une vraie perte de temps. Je passe la journée entière à attendre devant un bureau juste pour obtenir une simple signature. Le système est corrompu. J’ai beau leur expliquer qu’il s’agit d’une aide humanitaire, ils ne me croient pas. Plusieurs douaniers me soupçonnent même de vouloir vendre le matériel dans le pays et non le donner.

Deux semaines sont passées, je reçois enfin l’autorisation que j’attendais. Les douaniers doivent au préalable vérifier l’inventaire du container avant de le faire sortir du pays.

Je me réjouis déjà… (quelle naïveté !) Heureusement que je suis présent pendant cette procédure car je peux constater qu’ils sortent tout le matériel, les endommagent et ouvrent tout. Je remarque aussi une dizaine d’employés qui essaient de voler certaines choses.

Ils sont en train de gâcher tout mon travail ! En Suisse j’avais pris soin de trier chaque boîte par palette afin que tout soit bien organisé pour faciliter la distribution… Et là je les vois faire un bazar pas possible en jetant le matériel dans le container n’importe comment.

Des agents essayant de voler

 

L’agent qui doit me donner le dernier OK m’inflige le coup de grâce. Il se dirige vers moi et m’annonce qu’il doute que ce soit légal de renvoyer ce container. Je lui montre alors le dossier avec toutes les signatures et les permissions que j’ai récoltées : il ne veut rien entendre.

A ce moment-là, je ne comprends plus rien, ni personne. Je lui explique la situation, je lui répète qu’il s’agit d’une aide que j’offre aux enfants, que le temps est compté. Aucune réponse de sa part.

Quel ascenseur émotionnel … ce matin je pensais que tout allait se régler et le soir même je me retrouve à la case départ…. Encore une journée de perdu.

Le lendemain je retourne au bureau de douane pour tout réexpliquer de A à Z. Cette fois je réalise que je n’ai plus le choix que de me soumettre à la corruption en passant par une personne plus haut gradée.

En parallèle, je trouve une fondation au Sri Lanka qui accepte le container et qui en avait déjà reçu dans le passé. Enfin une bonne nouvelle !

Je finis par obtenir l’autorisation. Il me reste à payer l’entreprise qui est propriétaire du container ainsi que l’agence de location du dépôt. Encore une aventure m’attend. Cela me prend deux jours pour pouvoir faire les paiements. Autant dire que mes nerfs sont mis à rude épreuve !

Maintenant que tous les paiements sont faits, je peux enfin préparer l’envoi au Sri Lanka. Je commence par transférer le matériel dans un container de 6 mètres pour limiter les frais.

Pour je ne sais quelle raison, au moment où nous l’ouvrons pour commencer le transfert, un agent arrive et nous demande (encore !) une signature. J’ai les nerfs à bout. Je préfère ne rien dire et faire ce qu’il demande plutôt que de me laisser dominer par ma colère et perdre le contrôle.

Une fois le matériel transféré, je dois me rendre rapidement au bureau de douane qui se trouve assez loin du dépôt ; il faut faire vite car c’est déjà la fin de l’après-midi et donc bientôt la fermeture. Nous laissons une personne de contact sur place afin que nous puissions lui envoyer la signature via whatsapp. Finalement, nous y arrivons juste-juste.. avec une bonne dose d’adrénaline tout du long.

 

Après cela, nous retournons au dépôt verrouiller le container. Tout est enfin réglé.
Je n’ai pas les mots pour décrire mes émotions.
Un mélange de colère, de frustration, de joie et beaucoup d’incompréhension….

 

 

— Conclusion —

Il est très difficile de mener un projet humanitaire lorsque l’on ne fait pas partie d’une ONG. De plus, il faut être très prudent et arrêter de croire naïvement qu’aider les plus démunis soit simple.

J’ai commis une énorme erreur au début, j’ai été très naïf et n’ai pas vérifié les lois de douane en Inde. J’avais effectué quelques recherches et pu juste constater qu’il n’y avait rien de très clair.

J’ai été très étonné du manque de coopération et de la nonchalance des douaniers Indiens, surtout pour une aide que j’offre à un village dans le besoin.

J’ai également perdu une très grande somme d’argent. Un peu plus de CHF 6000.- au total que j’ai du prendre de mon budget du tour du monde. De l’argent jeté par les fenêtres ; les coûts de la location du container et du dépôt qui s’accumulaient chaque jour et beaucoup d’argent dépensé également pour obtenir des signatures.

Au final, je suis tout de même très content d’avoir tenu le coup et d’avoir fait mon maximum pour transférer le container vers une fondation qui en avait besoin.

Dans un autre article je t’expliquerai comment s’est passé le projet au Sri Lanka.

Merci de ta lecture, Paix et Amour à toi.

 

Je tiens également à remercier :
– Tout les donateurs d’objets et d’argent
– Guido  m’ayant mis à disposition gratuitement son entrepôt en Suisse.
– Catherine  , la fondatrice de l’orphelinat qui m’a offert sa confiance.
– Bathu et Hema, les Managers de l’orphelinat qui m’ont accueillis comme leurs propre fils
– Childs Action Lanka , la fondation au Sri Lanka ayant réceptionné le container
– Ann pour la relecture/réécriture de cet article

Sans ces merveilleuses personnes le projet n’aurait pas pu avoir lieu.

 

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